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Continuité pédagogique… opérationnelle

C’est quoi la continuité pédagogique lorsque l’on est une école ou un organisme de formation ?

Concrètement, on vous explique tout… y compris notre point de vue entre coup de pouce et coup de gueule.

Le samedi 14 mars 2020, tout le monde va s’en souvenir. C’est le jour de la fermeture d’une grande partie de l’économie française. La formation en présentiel n’y échappe pas puisque des candidats ou des étudiants se côtoient dans des salles de formation. Alors au-delà de la situation suffisamment grave au niveau mondial pour que de telles décisions soient prises, il y a tout de suite tout un tas de questions qui fusent avec peu de réponses satisfaisantes.

Combien de temps pourraient durer ces mesures provisoires ?

Le provisoire pourrait-il devenir la norme ?

Comment penser à moyens et longs termes face à une situation « inédite » et « inconnue ».

Comment s’adapter lorsqu’une situation évolue si vite et qu’elle remet tout en cause systématiquement ?

Comment, en moins de 48h, nous allons mettre en place une continuité pédagogique réelle et sérieuse de façon à ce qu’elle ne soit ni une simple rustine sur une passoire, ni un vernis de façade pour cacher l’inadaptabilité d’une organisation à distance ?

La réponse qui a suivie fut simple : se concentrer sur l’urgence à court terme sans perdre de vue une adaptation évidente avec l’après pandémie pour tenter de « survivre » à cette crise. Il a fallu assurer une forme de continuité dès lundi sans perturber le fonctionnement et les fondamentaux de la pédagogie de l’école DIX. Je vous l’accorde c’est plus facile avec des étudiants jeunes et plus agiles que la moyenne des français. Au niveau de la réflexion il a fallu trancher par un arbitrage …éclair. Pas le choix ! Il fallait aller là où se trouve ma cible, mes étudiants. Mon public de jeunes étudiants bientôt prêts à rentrer sur le marché du travail sont aussi des « adulescents » (adultes et adolescents), encore fraichement sorti de leurs univers de gamers, de streamer, de youtubeur, d’instagramer, etc. Univers qui font encore partie de leur quotidien même après leur majorité. Si mon public se trouve sur les réseaux sociaux et sur certaines plateformes sociales liées au stream et aux jeux, alors il suffit d’aller comparer les outils déjà utilisés par ma cible, de scruter les plateformes où ils sont déjà présents. Et il s’avère qu’ils font déjà, à travers des activités de « loisirs », des formes voisines d’un « travail de coopération ».

La plateforme « Discord » étant immédiatement suggéré par plusieurs étudiants, c’est tout naturellement sur cette plateforme que mes étudiants eux-mêmes en ont organisés les espaces et les règles. Connaissant cette plateforme Discord comme d’autre dans le paysages des joueurs en ligne, j’en étais pourtant beaucoup moins aguerris que mes étudiants car je ne suis pas un joueur mais un observateur de ces phénomènes communautaire en ligne.
Discord est un logiciel propriétaire gratuit de VoIP (Voice Over IP) conçu initialement pour les communautés de joueurs. Discord propose entre autre, des fonctionnalités simples de « chat room » (on écrit les consignes, on questionne, on commente, on s’entraide…) et « chat audio » (réunion de groupe sans voir les membres comme une réunion au téléphone à plusieurs), avec possibilité de partage d’écran et de contenus. Nous avons là, un outil détourné de sa fonction première (parler avec ses potes autours des jeux en ligne) qui permet de répondre et de supporter une continuité pédagogique basée sur les interactions sociales… mais à distance.

Petite parenthèse obligée au vue des nombreuses sollicitations dont j’ai fait l’objet pour éclairer des profs de l’école publique mais aussi des professionnels autour de l’événementiel et du rassemblement localisé (networking, événements ponctuels ou pérennes…). La poursuite d’activité ne s’improvise pas quand on n’est pas « soi-même » en posture d’agilité ou bien lorsque l’on n’a pas les compétences nécessaires pour s’adapter très vite à ce type de « perturbation »… voire de situation de « crise ». Et ce malgré toute la bonne volonté du monde. Dans le cas de beaucoup de professionnels, les compétences numériques sont « bizarrement » pas ou peu maitrisées à notre époque. Et pour un monde confiné, s’appuyer sur les outils numériques était non seulement indispensable au niveau professionnel mais aussi important au niveau social… voire psychologique.

Je ne cesse de le répéter, je suis un fervent défenseur d’internet et de ce qui fait l’ADN d’internet. Je défends une techno mais sans perdre de vue que derrière les écrans il y a des personnes et qu’internet est bien plus qu’une simple technologie. Pour moi, c’est un facilitateur de liens qui permet de mettre en relation des personnes géographiquement dispersées, de fédérer des personnes qui par centres d’intérêts communs ou complémentarités, voire par affinités, peuvent se mettre en relation alors qu’elles n’auraient sans doute jamais eu connaissance de l’existence les unes des autres.

Internet c’est aussi un formidable observatoire en ligne. Très révélateur des rapports des êtres humains entre eux, de leurs postures vis-à-vis de la société, de la consommation locale ou globale, de ce que la nature humaine a à partager de plus beau, mais aussi de plus abjecte et déplorable. Ne pas observer, tout en prenant du recul, serait comme prendre pour argent comptant les discours des politiques et les reportages des journalistes. La grosse majorité de ce qui est produit en ligne est soit fake, parfois composé de beaucoup de légèretés, beaucoup d’humour, trop de haine… mais il y a aussi plein de belles choses à découvrir pour qui veut s’en donner la peine.

La veille et la recherche ce sont aussi des compétences numériques que l’on doit apprendre à l’école. Cela permet de comparer, d’avoir des points de vue de personnes plus éclairées que d’autres, de débattre sans se battre, de réfléchir aussi sans devoir prendre position car tout n’est jamais ni tout noir, ni tout blanc.

Internet est un formidable outil. Et on le voit avec le confinement et la nécessité de « travailler » à distance. Plus globalement, internet a toujours été un outil évolutif très efficace : la visio pour garder un rapport humain lors des réunions d’échanges, partage d’écran pour mieux visualiser et pour une meilleure pédagogie, prise en main à distance pour l’assistance, le wiki pour la co-rédaction des propositions commerciales ou appel d’offre par exemple, chat audio, webinar, espace de stockage,… la liste est longue. Les outils internet ne cessent de se développer vers de nouvelles fonctionnalités et de meilleures performances pour tendre vers une meilleure efficacité opérationnelle tant individuelle que collective.


Alors quand le dinosaure de l’éducation nationale qui chute chaque année dans le gouffre de la médiocrité mondiale à force de réformes inutiles qui confondent la forme et le fond, se réconforte et tente de mettre tout le monde à la continuité pédagogique, ça coince en coulisse. En effet, en coulisse ce sont à la fois les rires aux larmes et les coups de sang qui fustigent un système pas ou si peu préparé à la continuité pédagogique. Il y a une minorité de prof qui tentent pourtant chaque année à travers des initiatives personnelles et individuelles d’innover en classe sans soutien de leur hiérarchie ni de l’éducnat. Il y a de belles choses isolées qui se partagent, mais les moyens d’accompagner la motivation de l’ensemble des parties prenantes, de généraliser les bonnes pratiques, et de permettre d’élever le niveau des jeunes français en formation sont anéantis par une politique qui ne comprend pas les enjeux sociétaux, les problématiques opérationnels des entreprises qui recrutent.

Des politiques quelques soit leur étiquette, qui sont plus préoccupés à marquer de leur nom une réforme que de réformer complètement un système inadapté. Petite parenthèse fermée… provisoirement ;-). Mais le soucis devient plus évident pour tous quand la continuité pédagogique dans la grande majorité des écoles se restreint à 2 rdv en visio par semaine et des devoirs envoyés par mail ou par pronote… oups ! avec des retours de prof ET d’étudiants qui n’arrivent pas à se connecter, à maitriser la visio, à être présent pour animer leurs groupes comme il le ferait en présentiel. Normal, faire du distanciel nécessite une anticipation, et donc la création de contenus en amont, puis d’imaginer ou de scénariser son intervention pour animer, suivre et accompagner individuellement et collectivement ses étudiants. Pour ma part, mes journées sont encore plus longues, encore plus chronophages et me demandent une énergie monstrueuse. Car si je reste agile, passer d’un modèle « blended learning » (alternance entre présentiel à 80% et distanciel à 20%) à un modèle 100% distanciel sans aide ni ressources n’est pas une chose facile.

Deuxième information importante après les solutions courtermistes, c’est d’essayer de lever la tête et de se demander de quoi serait fait demain. Alors pas la peine d’attendre de l’état. Si on attend de l’état on est mort. L’état annonce, prend d’un côté pour redistribuer de l’autre, et globalement chaque situation étant différente, vous ne rentrez que rarement dans les cases. Le temps passé à faire de l’administratif pour dépendre d’un système éphémère et rarement adapté, il est préférable de mettre son énergie à trouver des solutions pour tenter de survivre plus loin… que demain.

La solution est d’aller au moins dans une direction qui ne sera pas balayée par une autre pandémie ou une autre crise presque similaire. Donc dans mon cas si le présentiel est remis en cause, le tout distanciel (formation à distance via une plateforme de e-learning) viendra prendre le relais. C’est également une diversification de mon activité, donc une opportunité. Proposer à des publics différents des prestations adaptées à ces nouvelles cibles. Cependant, développer sa propre plateforme de formation à distance, ce n’est pas un projet simple. C’est aussi et souvent des « usines à gaz ». Une fois opérationnelle sur le papier, cela nécessite un gros travail de production de contenus et de scénarisation des formations. Cela engendre aussi de nouveaux partenariats avec des professionnels qui vont venir étoffer mon catalogue de formations afin qu’il soit plus large et plus complet que le seul programme proposé par DIX, école supérieure du numérique. Autre difficulté, c’est de continuer à produire et à s’investir tous les jours, week-end compris, pour une continuité pédagogique en période de crise, tout en développant de nouveaux projets d’avenir pour l’après crise. Et pour moi, après un reveil à 7h, cela démarre à 8h30 tous les matins, puis par un briefing à 9h avec les étudiants, un suivi en journée, un débriefing en fin de journée et un livrable en fin de semaine. Des soirées passées à imaginer les jours suivants, les semaines suivantes. Et ceci chaque semaine. J’ai des journées de 20h sur 24. C’est ça la réalité de la continuité pédagogique pour moi. Pas vraiment vivable sur le long terme.

Ce n’est pas 1 rdv le lundi avec une classe de 5ème et puis 1 autre rdv le lendemain avec les 6eme, pour finir la semaine avec les 3eme. Quand je vois mes enfants et ceux des autres témoigner de situations ubuesques et laissés pour compte avec 1 à 2 visio par semaine seulement. La plupart du temps il n’y a aucun suivi pédagogique individualisé ou aucun échange de la semaine avec leurs profs. Certains jours, ils vont avoir plein de devoirs transmis via « pronote » sans avoir les cours théoriques en amont.


J’ha-llu-ci-ne !!.

Alors à situation exceptionnelle, solutions provisoires, certes lamentables mais provisoires me dis-je.
Si c’est provisoire on veut bien l’accepter. On veut bien le tolérer… par solidarité nationale sans doute.
Là où je prends peur, c’est quand on annonce que la rentrée des lycéens et des facultés se fera essentiellement à distance avec uniquement des TD (travaux dirigés) par groupes restreints. Fini les amphis de 100 à 300 étudiants entassés, le mot d’ordre c’est… « restez chez vous ! ». Certes je suis convaincu que l’on peut, si toutefois l’on est bien préparé et bien équipé, très bien se former à distance, très bien se développer et s’épanouir avec des solutions à distance. Sauf que là c’est tout le monde dans le grand bain avec semelles de plomb et mains dans le dos.

Conclusion car il faut bien conclure. Je kiffe cette période très douloureuse. Je dois être un peu fou sur les bords. J’aime ce chaos car cette période nous bouscule et nous invite à réfléchir, à repenser les modèles économiques, les rapports aux autres, les compétences, l’éducation. Bien au-delà de mes journées occupées et préoccupées par l’avenir, j’ai presque le temps de méditer, et de découvrir autant la connerie humaine que la beauté de notre planète, et la solidarité de ses habitants. Cette période, je l’espère réveillera quelques consciences. Je ne parle pas de sauver la planète. C’est un autre débat. Mais au moins les consciences qu’internet et les outils numériques sont indispensables dans une société moderne et mondialisée.

Que travailler avec des personnes géographiquement dispersées va vite devenir la norme et qu’elle doit obligatoirement s’accompagner d’une montée en compétence des collaborateurs, télétravailleurs, ou indépendants. Cette crise nous montre que l’école n’est pas adapté au monde d’aujourd’hui et qu’il est urgent de repartir de la feuille blanche pour que les enjeux sociétaux (sauver la planète) et développer l’agilité (acquérir des compétences numériques par exemple) sont indispensable à tous les niveaux des enseignements… voire tout au long de sa vie. Si si, je vous assure. Il y avait déjà un fossé énorme entre les jeunes remplies de convictions erronées et de théories inexploitables formés par la grosse majorités des écoles françaises d’un côté et les besoins opérationnelles et pluridisciplinaires des entreprises qui recrutent de l’autre côté. Cette inadéquation saute aux yeux quand on est en coulisse des écoles, collèges, lycées, facultés et écoles privés d’enseignement supérieur. Et cela devient plus honteux encore quand on voit l’anarchie dans laquelle l’ensemble des parties prenantes tentent de s’adapter au confinement, au déconfinement et à l’après déconfinement, (c’est à dire la rentrée septembre).

On me rétorque souvent que « c’est normal toi tu es dans le numérique c’est plus facile pour toi ». Oui bien entendu, c’est toujours plus facile de rejoindre la plage lorsque son bateau coule quand a appris à nager avant. Néanmoins le numérique, je le rappelle j’en fais depuis 1994. Internet existe en France depuis 1994. Nous sommes en 2020. Cela fait donc 26 ans que nous avons l’opportunité de nous rendre meilleur dans l’appropriation des technologies. 26 ans d’expérience professionnelle quelque soit le domaine, même la connerie, cela fait un beau CV non ?
Et je rappelle que cela fait seulement depuis 2017 que le numérique est « officiellement » intégré dans les programme de l’éducation nationale. Nous avons grossièrement 20 ans de retard à l’éducation nationale. Il y avait bien la logique de la tablette numérique, censé alléger le cartable de 10kg. Sauf que les enfants ont eu la chance de garder le cartable de 10kg + la tablette… L’objectif du numérique à l’époque n’était pas vraiment atteint à cause une fois de plus d’enjeux financiers et politiques avec des éditeurs qui font payer les manuels papiers et des licences sur ces mêmes manuels numériques sur tablette sans ristournes… ni scrupules. Des budgets colossaux que les établissements ne pouvaient pas tous ingérer. Un marché juteux qui n’est pas l’objet de ce billet d’humeur. D’autant plus que la plupart des tablettes numériques bridées et fermées, étaient bien moins sympas à utiliser que les smartphones ou tous autres appareils connectés que les enfants pouvaient avoir à disposition à la maison. Ça c’est ce qu’on appelle l’expérience utilisateur. Encore un sujet que devrait s’emparer l’éducation nationale.


Et pour finir, car on va croire que j’en veux à l’éducation nationale, bien au contraire. J’ai souvent proposé mes services, j’ai souvent été force de proposition, réïtérant mes propositions de projets communs, d’entraide, d’accompagnement… en vain. Et pourtant j’aide ou donne des conseils gracieusement aux profs qui me le demandent. Ce n’est donc pas des clans qui s’opposent, c’est un cri d’alarme à sens unique qui ne semble pas faire écho parce qu’il ne faut pas toucher au mamouth de l’éducation par peur de se faire piétiner. Je ne suis pas contre les profs, ils font ce qu’ils peuvent dans un système inadapté. Beaucoup sont formidables et motivés, mais ils sont aussi souvent isolés, abandonnés à leurs initiatives, découragés à fonctionner comme des moulins sans vent qui doivent néanmoins absorber la moindre rafale inattendue.


La continuité pédagogique, c’est comme la communication de crise, il faut l’anticiper. Je vous avoue je ne l’avais pas anticipé. Mais j’avais la chance d’avoir des étudiants formidables, et nous avions tous développés une forte capacité de réagir et d’adaptation grâce à la pédagogie de l’école, à son fonctionnement et grâce à son programme. « Scrum » par exemple est une méthode management de projet en mode agile. Et l’agilité prend la forme de plusieurs « sprint » organisés par des itérations (étapes qui se suivent) et de l’incrémentation (fonctionnalités qui s’ajoutent). L’agilité est donc la clé. Et comme l’entraide fait partie de l’ADN de l’école et qu’elle est naturelle entre étudiants, alors s’adapter pour faire de la continuité pédagogique par exemple devient forcément moins contraignant… voire plus aisé.
Comme souvent quand j’écris, je dédis ce billet à mes étudiants qui n’ont pas toujours conscience qu’ils progressent lorsque le plaisir d’apprendre dans un cadre adapté est combiné à une volonté d’expérimenter par la pratique et de se tromper. C’est en mettant à disposition un écosystème vertueux qui permet à chacun de devenir acteur de sa formation que l’on prépare les jeunes à devenir acteur de leur vie.

Si vous voulez en savoir plus sur l’école, sa pédagogie ou si vous avez des besoin de vous former pour monter en compétence sur les métiers du numérique, alors écrivez-moi.
On pourrait résumer la continuité pédagogique par quelques citations bien connues :

« rien ne sert de courir, il faut partir à point. »

« seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. »

« jamais je ne perds, soit je gagne, soit j’apprends. »

« La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute. »

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