Innover à l'école

ENT : peut-on parler d’innovation pédagogique ?

Vous et vos enfants avez déjà dû entendre parler d’ENT. Il s’agit d’un Environnement Numérique de Travail, utilisé à la fois par les Enseignants que par les Etudiants (de la primaire au supérieur). Il s’agit d’un espace en ligne « dédié » à un établissement d’enseignement pour mettre en commun ou partager des ressources. On y trouve les notes des étudiants, l’annuaire des profs, les infos pratiques, des espaces de partage, les emplois du temps, de nombreuses ressources pédagogiques et toute la « paperasserie administrative » qui colle aux établissements de toutes tailles. Et si l’on regarde la définition sur internet, elle reste à la fois claire et compréhensible :

Un Espace Numérique de Travail ou Environnement Numérique de Travail (ENT) est un dispositif global permettant de fournir à la communauté éducative un ensemble de ressources et services en ligne.

Mais concrètement, est-ce vraiment utile aux enseignants ? et plus concrètement, est-ce réellement bénéfique pour les étudiants ? est-ce bien compris et utilisé par la communauté du monde enseignant ? est-ce un outil de travail ? permet-il un gain de temps ? Quel est le modèle économique d’un ENT ? Mais la question qui me taraude le plus, c’est, un ENT, est-ce de l’innovation pédagogique ?

C’est quoi l’innovation pédagogique ? :

Une pratique innovante est ainsi une action pédagogique caractérisée par l’attention soutenue portée aux élèves, au développement de leur bien-être, et à la qualité des apprentissages…

et se poursuit de la sorte :

… Prenant appui sur la créativité des personnels et de tous les élèves, une pratique innovante repose également sur une méthodologie de conduite du changement.

Si l’on regarde du côté de nos amis canadiens, le Conseil Supérieur de l’Education du Québec définit l’innovation en éducation de la manière suivante :

L’innovation en éducation est un processus délibéré de transformation des pratiques par l’introduction d’une nouveauté curriculaire (Relatif au curriculum, ensemble des pratiques éducatives), pédagogique ou organisationnelle qui fait l’objet d’une dissémination et qui vise l’amélioration durable de la réussite éducative des élèves ou des étudiants.

Le décor est posé. Reste à mener une réflexion de fond et quelques constations sur la réalité du terrain français.

Un ENT, Environnement Numérique de Travail est avant tout un outil. Si l’outil  ENT propose des fonctionnalités séduisantes, sa valeur ajoutée pose néanmoins quelques questions.

Posséder un logiciel pédagogique, ou une solution en ligne de travail collaboratif, ne signifie pas forcément que l’on « fait » de la pédagogie innovante ou que l’on « sait faire » du travail collaboratif.

Utiliser un outil moderne, ne fait pas de ses utilisateurs des acteurs aguerris de la transition numérique. Nous utilisons un vocabulaire flatteur, on se targue d’utiliser des outils « modernes », mais c’est avant tout la justification d’investissements douteux, et un prétexte pour tenter de valoriser ses compétences.

Mettre en place un ENT ne pourrait prétendre à autre chose que d’avoir un espace partagé thématique. Et pourtant les établissements se vantent de faire de l’innovation pédagogique sans véritablement comprendre l’impact et le potentiel des outils qu’ils ont à leur disposition.

Je compare toujours Internet à la cuisine. Car compte tenu du nombre florissant d’émissions culinaires, je suis certain de faire comprendre au plus grand nombre cette comparaison très imagée :

Internet c’est comme la cuisine, tout le monde peut en faire… mais tout le monde n’a pas 5 étoiles au guide Michelin.

En effet, bon nombre d’internautes, se targuent de « maitriser » les usages, maitriser le media internet et de n’avoir aucune leçon à recevoir de quiconque. Ils se définissent expert du digital, spécialiste de l’innovation pédagogique, « monsieur ou madame je sais tout » de l’éducation nationale sous prétexte qu’ils ont mis en place des « initiatives » de cours en ligne (des « capsules » pour les intimes).
Au contraire, je dis souvent à mes étudiants que j’ai autant à apprendre d’eux, qu’eux de moi. Que j’ai soif d’apprendre de nouvelles choses, de découvrir de nouveaux environnements, de nouveaux artistes et de nouveaux usages. Et si bien, que même si l’on pratique « Internet » depuis des lustres, nous sommes sur une thématique qui évolue sans cesse. Il est par conséquent primordial de remettre en cause son socle de connaissance, de remettre en cause ses compétences et ses pratiques pour apprendre et progresser. Le sachant n’est plus l’apanage d’une seule personne, nous sommes tous à la fois sachant et apprenants. Les usages se réinventent, des nouveaux métiers émergent et les entreprises ont des besoins toujours plus avancés. Il est donc bien osé de revendiquer une « expertise figée » sur un medium qui lui reste interactif et en perpétuel évolution. On le voit dans les entreprises, et je le constate aussi dans le monde de l’éducation ; beaucoup de profs tentent des actions innovantes en éducation dans les collèges et lycées. Des démarches encourageantes et pertinentes mais elles sont souvent isolées, peu soutenues par leur direction et parfois même, elles sont décriées par des parents qui eux mêmes sont peu formés au « numérique » et manquent de recul.
Des démarches peu portées par une réelle réflexion pédagogique innovante et stratégique globale, et finalement rarement soutenues par la direction de l’établissement. Les enseignants sont donc bien isolés pour innover. Et ne parlons pas de l’éducation nationale éloignée du terrain qui arrive toujours sur le champ de bataille une fois la guerre terminée…
Une guerre souvent perdue par la France… et avec un nombre de victimes toujours plus importants : De plus en plus de décrocheurs scolaires en France et de plus en plus tôt ! De plus en plus de mauvaises orientations et de plus en plus de ré-orientations ! De plus en plus de « Bac + rien », de plus en plus de « déçus de la fac »,…. Bref il ne s’agit pas de faire le procès du mamouth… on sait pertinemment qu’ils vivent et prospèrent sur une autre planète.

Un constat affligeant. Je fais de l’internet depuis 1994, et c’est seulement en 2017 que le numérique est intégré « officiellement » dans les programmes de l’éducation nationale… à petites doses. + de 20 ans après l’arrivée d’internet en France, les politiques n’ont jamais jugé utile d’éduquer les jeunes générations à ces outils actuels, à préparer les jeunes aux métiers de demain, à s’aligner sur les besoins toujours plus exigeants des entreprises qui recrutent. Aujourd’hui la France est en pénurie de compétences numériques. Il y a par exemple 80 000 postes vacants dans le numérique en 2020. 10% de femmes à la tête des entreprises du numérique en France. Quels gâchis ! que de temps perdu !

Beaucoup d’établissements ont des tablettes, c’est chouette non ? Oui  mais des tablettes bridées. Il ne faudrait pas montrer aux jeunes que le monde est beaucoup plus vaste que le territoire tracé à la craie que l’on voudrait leur montrer. Ces mêmes collégiens qui bénéficient pourtant déjà pour une majorité d’entre eux des « devices » (tablettes, consoles ou smartphones) plus modernes, plus ouverts et bien plus « cools » que ceux qu’ils utilisent à l’école.  Les établissements tentent de s’organiser, et certains s’investissent humainement parlant énormément dans ces démarches pédagogiques. Pour certains, ils manquent de formation, pour d’autre de « flexibilité » ou encore de compétences numériques, et pour les derniers de « ressources pédagogiques ». Oups ! c’est donc ça la réalité aujourd’hui. De beaux concepts, couteux mis entre les mains de gens motivés mais peu initiés pour un résultat mitigé. Là on peut parler de flop… et non d’innovation. Et je pèse mes mots. Le flop de l’éducation nationale ce n’est pas que de commander un logiciel de plusieurs millions qui sera abandonné avant le terme de son développement. Le gâchis il est surtout humain.
Profs à bout de souffle ou de solution pour animer et élever le niveau de leur art, n’ayant pas les moyens de son ambition ! Celle d’une nation « grenouille » qui voudrait se faire plus grosse que le « boeuf ».
Le gachis de générations de jeunes à qui l’on martelle que le numérique ce n’est pas important ou que c’est une voie ultra bouchée (dixit certains profs de lycée à mes étudiants) et les envoient se casser les dents sur un marché de l’emploi que la plupart des profs n’ont jamais titillé. Des profs qui influencent les jeunes à se diriger dans des filières sans intérêts, des voies sans avenir, des écoles pompent à fric sans scrupules, tous inadaptées au monde du travail.

Quand bien même nous mettrions, avec beaucoup de retard les enseignants et les apprenants dans la bonne direction, il manque souvent beaucoup de « bon sens », … et un peu « d’innovation pédagogique ».
Car ce qui plombe l’innovation de l’éducation nationale, c’est d’avoir confondu le fond et la forme au cours des réformes successives à niveler par le bas. On s’interloque tous les 10 ans, de voir le niveau de la France fondre dans les classements mondiaux. De devoir constater que le niveau des jeunes français baisse en orthographe, en grammaire, en lecture, en calcul mental, et en logique… année après année… à en devenir de plus en plus déplorable sans savoir par quel bout prendre le problème.

Alors, pourquoi tant de décrochage ?

Quand on s’ennuit on décroche. Et quand on s’amuse on a pas l’impression d’apprendre. Et je ne vous parle de ce qui se passe dans le cerveau selon que l’on s’amuse en apprenant ou que l’on décroche par ennui.

Quand on a des pratiques innovantes, fluides, ludiques, excitantes, et rapides à la maison grace à une bonne connexion, qui apportent une expérience satisfaisante, alors on a du mal à trouver une réelle compréhension à placer son cul sur une chaise toute une journée pour recopier des leçons dictée par un prof. On a qu’une hâte, attendre la fin des cours ! Faire ses devoirs en vitesse (ou pas), et plonger dans des usages plus modernes et auto-satisfaisant : jouer, liker, re-jouer, twitter, regarder des video youtube, suivre des influenceurs, bloguer, re-re-jouer, lire (un peu ou en biais), envoyer des sms, jouer seul ou en réseau, mais surtout garder un contact avec sa tribu de continuer de se construire des histoires sur Overwatch, LoL, Fortnite, Minecraft,… Est-ce bien, ou est-ce mal ? là n’est pas la question aujourd’hui. Enfin pas maintenant, j’y reviendrai.

Les enfants/ les ados sont-ils trop connectés ? Sont trop souvent derrière un écran ? Est-ce bon pour l’enfant/l’ado ? quels sont les pièges ou les atouts des outils numériques ? quels sont les nouveaux usages et les nouvelles compétences numériques à acquérir en éducation à l’école ? Il y a là plusieurs sujets importants que je vous invite à méditer sur ce blog en tant que joueur, parent, entreprise, élus, prof, etc .

Je parle de numérique, mais je veux surtout parler ici de bien-être à l’école, de bonheur de l’enfant, de l’ados qui se construit avec des armes intelligentes pour s’intégrer ou construire le monde de demain et par ricochet de l’adulte en devenir.

Je parle des étudiants entrepreneurs, des étudiants formidables qui ne se retrouvent plus dans le système éducatif français mais qui dans mon établissement retrouve le gout d’apprendre, le goût de se retrouver pour travailler ensemble efficacement et s’entraider. Des « sensations » perdues au cours du lycée et retrouvées au sein de l’école DIX. Pourquoi sont elles perdues au lycée ? Comment apprendre à des étudiants à désapprendre pour mieux apprendre à apprendre ? oui vous pouvez relire la phrase précédente 😉

Que se passe t-il quand l’épanouissement à l’extérieur de l’école est sans commune mesure avec ce qui se passe dans les salles de cours ? Quel est l’intérêt d’apprendre par coeur des « connaissances » dictées par des profs, de les ressortir par coeur quelques jours après, ou le jour d’un contrôle, et l’oublier quelques semaines après. Pourquoi imposer et enchainer sans cesse des méthodes ancestrales que l’on sait obsolètes ?

Aujourd’hui l’intelligence est émotionnelle, l’intelligence est collective, l’intelligence et relationnelle et elle est surtout opérationnelle ! Il y a donc des hard skills (compétences opérationnelles) et des soft skills (compétences attitudinales et comportementales) à développer. Celui qui sait est celui qui maitrise l’art de la requête web pour trouver l’info, là où elle se trouve, pour dissocier le vrai du faux, faire du fakct-checking, de produire rapidement pour publier rapidement, de faire des sprints dans une démarche agile au sein d’un groupe SCRUM… Les compétences numériques devrait permettre de nouer des contacts professionnelles et ouvrir des portes et créant des opportunités. La compétence numérique doit permettre d’utiliser le web comme observatoire en ligne, comme facilitateur de lien, comme une caisse de résonnance médiatique ou virale.

Celui qui apprend en s’amusant, prend du plaisir, et ne décroche pas. Celui qui garde son âme d’enfant apprend plus facilement. Celui qui cultive sa curiosité permet de s’élever dans la connaissance. Le soucis c’est que nous apprenons très vite l’ennui à l’école.

2 problèmes majeurs, selon moi, que font que l’école n’est plus adapté à la société d’aujourd’hui :

L’école ne joue plus son rôle de passerelle opérationnelle avec le tissu économique local.

L’école ne propose pas l’écosystème positif et verteux qui facilite la créativité, la communication, la collaboration et l’entrepreneuriat.

Il faut donc innover dans les pratiques, casser les dogmes, et repartir de la feuille blanche.

Comment participe t-on à la réussite éducative des étudiants ?

Oubliez les chffres que l’on communique lorsque l’on est au gouvernement pour justifier de ses actions et défendre un bilan pédagogique, voire oublier les prises de parles pour casser du sucre sur le dos de son voisin de droite ou de gauche, là n’est pas l’objet de mes publications qui reflètent, certes mes propos personnels, et qui se veulent apolitique dans leur démarche d’analyse.

Pourquoi envoyons-nous nos lycéens au casse pipe dans les facultés qui ne sont pas adaptées aux besoins des entreprises qui embauchent ?
Nous avons aussi le fameux 1 étudiant sur 10 qui arrive jusqu’au bout du cursus en fac. Félicitation bonhomme !! mais que sont devenus les 9 autres ? Perdu dans la pampa du marché de la ré-orientation à choix multiples ou dans le labyrinthe de l’emploi.

Alors si ce n’est pas la faute des étudiants, serait-ce la faute des conseillers ? les CIO ? les salons commerciaux pour remplir les écoles pompent à fric ? les sites internet qui cachent la misère derrière des beaux design et un marketing idéalisé ? pire encore… fautes aux parents qui sont restés à ceux qu’ils ont eux-mêmes vécus 20 ou 30 ans en arrière ?

Et les profs dans tout ça ? Est-ce que « être prof » est une légitimité pour orienter un étudiant ?
Un prof dans 99,9% des cas, c’est quelqu’un qui n’a jamais quitter les bancs… de l’école. Comment pourrait-il être un bon conseiller d’orientation sachant qu’il ne connait qu’une partie de la personnalité du « jeune » étudiant ? oui il ne l’est pas je vous l’accorde. Mais pourtant un prof influence tous les ans quelques uns de ses étudiants parce qu’ils ont une relation de proximité et parfois privilégiée avec des étudiants un peu… « paumés » sur les 10 000 formations publiques ou privées de France.

Et l’ENT dans tout ça ? En quoi participe t-il à l’effort d’un processus éducatif innovant ? Imposé par les penseurs de l’éducation nationale, pris en charge par des chefs d’établissement qui croulent déjà sous les normes et contraintes, re-balancé à des volontaires désignés d’office et lancé en pâture dans un collectif d’enseignants souvent ouvert aux réformes (nan je déconne) et rarement à la technologie… le moindre que l’on puisse dire, c’est que l’ENT me laisse perplexe d’une part et que l’innovation pédagogique n’est pas encore au programme de l’éducation nationale.

  • Pour innover, il faut que l’ENT reste un outil au service d’une stratégie et d’objectifs pédagogiques clairement définis.
  • Il faut que le bien-être, le plaisir d’apprendre, voire j’ose… que le bonheur soit au coeur du dispositif d’apprentissage.
  • Il faut un environnement d’apprentissage propice à ce que j’appelle les « 3 C » : Confiance, Communication et Collaboration.
  • Pour réussir l’innovation pédagogique il faut d’abord désapprendre à apprendre pour mieux apprendre à apprendre.
  • Combiner l’apprentissage des briques de compétences par la pratique, la réflexion, l’autonomie et l’indépendance opérationnelle.
  • Mettre en place du « blended learning », alternance entre présentiel et distanciel.
  • Enfin viser l’excellence opérationnelle tant individuelle que collective.
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